De la Préhistoire à l'Indépendance
Les investigations menées aux alentours des sources de Boutechtoun, au Nord de la ville, en 1961, ont révélé les traces d'une industrie microlithique datant de l'Atérien et du Capsien. Miliana est considérée à juste titre comme une ville plus que millénaire.
André Bloch nous fournit les indications suivantes : « Il nous faut admettre que Miliana indiquait dans l'Antiquité un lieu à la lisière de la vallée du Chélif. À l'époque Pléistocène, sous un climat plus chaud et plus humide, ce site naturellement protégé, gorgé d'eau, à la végétation luxuriante, dut être peuplé en permanence. »
Des explorations menées par des élèves aux alentours des sources Boutektoun en 1961 confirmèrent ces suppositions, puisqu'ils recueillirent des silex taillés, preuves de l'existence d'hommes préhistoriques dans cette région.
Sous l'influence des Phéniciens installés à Iol Caesarea (Cherchell), Miliana devient un centre d'activité économique important et un emplacement stratégique dans la région.
Les Phéniciens, grands navigateurs et commerçants, ont su reconnaître la valeur stratégique de Miliana, perchée sur ses hauteurs dominant la plaine du Chélif.
Les anciens historiens Pline, Ptolémée et Antonin citent la ville sous les noms de Manliana (du patronyme latin Manlae) et Zucchabar — soit « Marché du blé » en phénicien, soit « La montagne du dieu Abadir » en libyco-berbère selon les auteurs. Pline la qualifie de « Cologne Augusta ».
Miliana fut longtemps capitale-refuge des Rois Numides. Elle fut l'une des grandes cités de la province de Maurétanie Césarienne et siège d'un Évêché.
La ville romaine fut fondée par l'Empereur Octave entre 27 et 25 av. J.-C. Après la venue des Arabes, le toponyme Manliana fut arabisé en Mel-Ana (« pleine, remplie »), puis Milyana, en raison de l'abondance des eaux et la richesse des vergers.
« La cité Romaine est située sur le flanc de la Montagne Zaccar. Des restes d'architecture et de sculpture découverts en ces lieux démontrent l'importance de cette cité dans l'Antiquité. »
Entre 362 et 370 de l'Hégire (972-980), Abou El Feth Bolokain Ibn Ziri Essanhadji, vassal de la Dynastie des Fatimides, reconstruisit la ville médiévale sur les ruines de l'antique Zucchabar. Pendant un certain temps, Miliana fut la capitale d'une grande partie du Maghreb.
Au Xe siècle, Ibn Hawqal fut le premier géographe arabe à citer Miliana, la qualifiant de « cité antique », pourvue de moulins et de nombreux canaux d'irrigation. Au XIe siècle, El Bakri constate que la ville renferme de nombreuses antiquités romaines.
En 1372, Ibn Khaldoun décrit la ville : « C'est une cité faisant partie du domaine Maghrawa Beni Warsifen dans la plaine de Chélif… Boluggine a tracé le plan d'El Djezaïr, de Melyana et de Lemdiya. »
Durant cette période, Miliana fut un foyer de culture, enfantant des érudits comme Ahmed Ben Otmane El Meliani, poète et écrivain du XIIIe siècle, et Ali Ben Meki El Miliani, théologien et juriste du XIVe siècle.
Les frères Barberousse firent leur entrée à Alger en 1516. Miliana devint le premier Caïdat de la région d'Alger. En raison de sa position stratégique, les Turcs installèrent les tribus Makhzen pour contrôler la région.
« La ville est située au sommet d'une montagne à 40 miles de la mer. Cette montagne est gorgée d'eau et couverte de noyers au point que les habitants n'achètent pas les noix et ne les cueillent même pas… La ville est entourée d'une ancienne muraille qui donne d'un côté sur un ravin et de l'autre sur une pente qui mène vers la vallée du Chélif, situation qui rappelle celle de la ville de Narni en Italie. »
Léon l'Africain (Mohamed El Hassan El Fassi) · Milieu du XVIe siècle
« Les habitants de Miliana se caractérisent par une sorte d'entêtement. Leur terre est extrêmement fertile, ce sont des jardiniers et leurs fruits sont excellents… le climat chez eux est salubre. »
Hamdane Ben Othmane Khodja · « El-Mihat »
Après la prise d'Alger en 1830, l'Émir Abdelkader fit son entrée à Miliana en avril 1835, chaleureusement accueilli par la population. Miliana devint le siège de son Califat. Il fortifia la ville en édifiant plusieurs ouvrages militaires dont une Manufacture d'Armes.
Il confia l'administration de la ville à Mahieddine Esseghir jusqu'en 1837, puis à son valeureux calife Ben Allel Ould Sidi Embarek qui disposait de 10 440 combattants. Le Traité de la Tafna lui garantit la possession de cette ville.
En 1839, l'Émir organisa non loin de Miliana (Boukharchoufa) un Congrès réunissant tous ses califes pour renforcer l'unité de son État.
En 1840, les hostilités ayant repris, le Maréchal Valée se dirigea sur Miliana à la tête de dix mille hommes. Il franchit le Gontas et arriva le 8 juin 1840. La ville fut trouvée complètement abandonnée par ses habitants qui y avaient mis le feu en se retirant dans les montagnes.
Sur l'ordre de l'Émir, la ville fut incendiée et abandonnée par ses habitants. Le général Valée confia la mission de « garder et reconstruire la ville » à un contingent de 1 400 soldats sous le colonel Illens.
Sous les ordres de l'Émir, secondé par Ben Allal, la ville fut immédiatement encerclée. Durant près de trois mois, elle subit un long et dur blocus. Privés de nourriture, isolés de tout contact extérieur, décimés par la maladie, « l'armée enterrait chaque jour ses soldats » (10 à 15 par jour).
« Cette ville, bloquée étroitement par les soldats réguliers de l'Émir en 1840 et 1841, ne put communiquer avec Alger. »
M. de Castellane
La population de Miliana comptait entre 3 500 et 4 000 habitants. Les contingents de l'armée algérienne étaient estimés à environ 1 500 cavaliers.
Miliana a été de longue date une ville de garnison militaire. Dès la prise de Miliana (1840), la ville a toujours disposé d'une garnison importante. Par la suite, la Caserne a abrité le 9e Régiment de Tirailleurs Algériens, comptant entre 2 000 et 2 500 soldats, à 80% d'origine algérienne.
La grande majorité de ces soldats ont été mobilisés et envoyés aux fronts, « en première ligne », au cours des deux Guerres Mondiales ainsi que celle d'Indochine. Malgré leurs sacrifices et leur abnégation, ces Anciens Combattants Algériens n'avaient aucune considération morale ou matérielle.
« Un tramway à vapeur, plutôt ! Ses trois wagons, dont deux jardinières étaient remplis d'Arabes, surtout d'Européens et d'Israélites éparpillés çà et là… Le Jardin Magenta, si beau et si grand, près duquel stoppait le train était encore désert. »
Hadj Hamou Abdelkader · « Zohra, la Femme du Mineur » (1925)
La Bataille de Miliana s'est déroulée entre le 10 et le 12 octobre 1957, simultanément à celle d'Alger, car le 8 octobre, Ali-la-Pointe et Hassiba Ben Bouali tombaient au champ d'honneur à la Kasbah.
Ces opérations ont été menées par les parachutistes des généraux français Bigeard et Massu, faisant de nombreux morts et exactions dans la population civile de la ville et de sa région. La résistance de la population milianaise a été à la fois très solidaire et très héroïque.
Les combattants et les fidaïyines ont manifesté beaucoup de courage, d'abnégation et de ténacité face aux parachutistes. La commémoration du 35e anniversaire du chahid Ali-la-Pointe (natif de Miliana) a permis aux Moudjahidine de témoigner sur ces événements.
🍒 La Résistance en images
Après des décennies de résistance et de lutte, Miliana retrouve sa liberté avec l'indépendance de l'Algérie. La ville honore la mémoire de ses chouhoud (martyrs) et entreprend sa reconstruction dans la dignité.
Miliana, ville millénaire, qui avait traversé les civilisations préhistoriques, phénicienne, romaine, arabo-musulmane, ottomane et coloniale, retrouvait enfin sa pleine souveraineté.
Les textes de cette partie du site sont extraits de Miliana, publication rédigée par Abbas Kebir Benyoucef et éditée par l'Agence Nationale d'Archéologie et de protection des sites et monuments historiques. Alger 2000.
Source documentaire