Patrimoine

Le martyre du Dr Youssef Damerdji, dit Si Hakim, enfant de Miliana

68 ans après sa mort au combat le 19 août 1958 sur les hauteurs de Tafrante, près de Saïda, retour sur le parcours de ce médecin devenu maquisard

Le martyre du Dr Youssef Damerdji, dit Si Hakim, enfant de Miliana

Chaque mois d'août ravive à Miliana la mémoire du Dr Youssef Damerdji, connu dans la clandestinité sous le nom de Si Hakim, médecin de la 6ᵉ région de la wilaya V historique, tombé au champ d'honneur le 19 août 1958 sur les hauteurs du Djebel Tafrante, dans la région de Sidi Boubekeur (Saïda). Cet été-là, les combattants de l'ALN retranchés à Tafrante affrontent une colonne française : l'accrochage est meurtrier des deux côtés, et plusieurs moudjahidine y laissent la vie, dont ce médecin devenu combattant.

Né le 22 août 1922 à Miliana dans une famille aisée, le jeune Youssef n'échappe pas pour autant à l'humiliation coloniale. Élève brillant au lycée Ben Aknoun à Alger, il en est renvoyé en 1935 pour avoir inscrit un slogan frondeur sur un mur de l'établissement. Transféré au lycée Bugeaud, il perd son père en 1937, obtient son baccalauréat et s'inscrit à la faculté de médecine d'Alger en 1940. Deux ans plus tard, l'administration coloniale l'exclut pour détention de « livres interdits ». Il travaille alors comme manutentionnaire au marché central d'Alger pour subvenir aux besoins de sa famille, tout en poursuivant des études de droit par correspondance, avant de reprendre sa formation médicale en 1943.

Engagé dès 1944 chez les Scouts musulmans algériens, il participe au congrès de Tlemcen en 1945 puis part en France poursuivre ses études. À Paris, il se rapproche de la communauté ouvrière algérienne et rejoint l'Organisation spéciale, creuset de futurs cadres de la Révolution. En 1950, il épouse Lucette, médecin française, avec qui il aura deux filles. De retour en Algérie en 1952, il s'installe à Tiaret, où l'administration lui refuse l'autorisation d'ouvrir un cabinet. En 1954, il travaille à l'hôpital de Miliana aux côtés du Dr Ben Tami, où il se perfectionne en chirurgie.

Un tournant survient en 1955 : trois combattants de la wilaya IV, grièvement blessés et jugés perdus par la médecine coloniale, lui sont amenés en secret à Tiaret. Il les sauve. Dès lors, il fournit soins et médicaments à la clandestinité, avant de rejoindre officiellement l'ALN en octobre 1956, dans la zone VII de la wilaya V. Si Hakim devient à la fois médecin, instructeur et combattant : il prend la tête des services de santé de la 6ᵉ région, forme dix-sept infirmiers et infirmières répartis dans les unités de combat, fonde une école paramédicale à Saïda, organise des consultations pour les combattants et les paysans et met en place des accouchements clandestins. Il tisse aussi un réseau avec des médecins français sympathisants, dont le Dr Claude Stéphan, qui lui fournit médicaments et matériel, et rédige des tracts appelant les soldats algériens engagés dans la Légion étrangère à déserter pour rejoindre l'ALN.

Le colonisateur met sa tête à prix : un médecin qui soigne et qui combat est jugé plus dangereux qu'une arme lourde. Si Hakim aurait résumé son choix par ces mots : « Mieux vaut mourir en martyr que d'être capturé vivant par l'ennemi. » Du 10 au 18 août 1958, une réunion des responsables de la 6ᵉ région se tient à Tafrante pour réorganiser la lutte ; au matin du 19, l'armée française encercle la zone. Dans les combats qui suivent, Si Hakim tombe aux côtés de plusieurs compagnons, dont Saïdi Abdelkader, Aïssaoui Lahbib, Farès, Boumediene et Nahhal Mohamed ; son corps est exhibé en ville pour confirmer son identité.

Un hôpital de Tiaret porte aujourd'hui son nom. Sur les hauteurs de Tafrante, les vestiges de l'hôpital de campagne qu'il avait fondé subsistent encore : une photographie de ces ruines a récemment circulé sur les pages consacrées au patrimoine de Miliana, accompagnée d'un message qui résume l'attente des habitants : « Nous espérons que le ministère des Moudjahidine réalisera la restauration de ce monument historique. »

Sources : récit historique consacré à Si Hakim relayé sur les réseaux sociaux dédiés à Miliana, Echorouk Online, Akhbar El Youm

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